Hanoistalgie

Publié le par aziyadee-in-asia.over-blog.com

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Il fut un temps ou les murs de Hanoi étaient couverts de numéros de téléphones peints en rouge ou en bleu (plus rarement d'une autre couleur). Les tacherons indiquaient ainsi leur disponibilité pour un travail de maçonnerie en lien avec l’explosion du secteur de la construction. D’autres clichés plus éloquents que les miens saisis par ‘un curieux d’images à haute teneur en créativité’, tel que l’homme se présente, sont visibles ici. Pour votre gouverne, ces pochoirs sont désormais bannis. Ils sont systématiquement recouverts d’une épaisse couche de peinture passée au rouleau. On en trouve encore au fin fond des ruelles mais ils ont disparu des grandes artères fréquentées et des façades des bâtiments publics.

 

En haut lieu, il a été décidé que cette expression murale ne collait pas avec l’image d’un Vietnam moderne. Petite annonce pour les travailleurs du secteur informel, énigme codée pour les touristes fraichement débarqués, objet photogénique pour la plupart des étrangers résidents à Hanoi, leur disparition silencieuse est loin d’être anodine. Elle participe de cette mutation rapide de la ville qui à grand coup de marteau piqueur fait table rase de son passé pour reconstruire plus neuf, plus grand, plus haut. Ce qui s’efface en même temps que les numéros sur les murs, c’est un peu de l’âme d’Hanoi, de son identité, de son unicité. Et je me demande quel est le prochain objet emblématique de la ville ( les petits tabourets en plastique?) qui sera englouti par l’appétit dévorant de dame modernité?

 

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Quand tous les petits lacs auront été comblés pour satisfaire les appétits immobiliers, quand l’héritage architecturale des périodes chinoise, française et soviétique sera restreint aux bâtiments de prestige occupés par les ambassades, le parti ou l’état, quand les arbres auront été coupés, quand les trottoirs auront totalement disparus sous la charge des véhicules à deux, trois ou quatre roues, quand les lignes blanches au sol délimiteront des places de parking en lieu des terrains de badminton, je me demande si une quelconque nostalgie s’emparera des hanoiens.

 

 

Publié dans Cabinet de curiosites

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4 petits suisses dans un bol de riz 23/06/2011 04:45


Et bien, ça broie du noir chez toi ces jours-ci! ;-) Je partage tout à fait ton coup de gueule contre la soi-disant modernité qui broie (elle aussi) tout sur son chemin. En revanche, en ce qui
concerne les Cat.B.Tông, je ne suis pas sûre que les Vietnamiens aient beaucoup de raisons d’apprécier ces tags sauvages sur leurs propres murs. Evidemment, en tant qu'étrangère, j'adore ce genre
de poésie urbaine (tiens, je suis justement en train de lancer une impression sur bâche de plus de 3 mètres de large d’un mur immortalisé à Bat Trang lors de notre récente excursion…). Bises!